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PostHeaderIcon Une écotouriste à Raivavae

Marie-Claire

16 septembre au 14 octobre 2012

Polynésie française

Rêvons, rêvez !

Marie-Claire #5

Marie-Claire #5

Île montagneuse de l’Archipel des Australes, d’origine volcanique:
si petite – 16 km2 et 950 habitants, une trentaine de voitures, 24 km de route côtière, un sommet à 437 m. ! – mais si riche à découvrir, pendant quatre semaines d’immersion heureuse ! Sa magnifique végétation tropicale, son lagon d’une «insolente beauté» (selon le guide Lonely Planet), mais surtout ses habitants, nous laisseront des souvenirs durables.

Il faut tout d’abord la situer:

Prenez une carte du monde et regardez le Pacifique: au milieu, la ligne horizontale de l’Équateur. Plus au Sud, le Tropique du Capricorne; à l’ouest, l’Australie et à l’est, le Chili.

Suivez du doigt, depuis l’Australie, la ligne du Tropique du Capricorne. A mi-chemin entre l’Australie et le Chili, arrêtez-vous, c’est là !

«Notre» petite île de Raivavae, en plein Pacifique, perdue dans cette immensité bleue. L’île voisine la plus proche est à une heure d’avion et Papeete, la capitale de la Polynésie française, sur l’île de Tahiti, à 650 km plus au Nord.

Étrange sentiment… et pourtant, quand on y est enfin, ce morceau de terre contient le monde.

Embarquons, un dimanche matin:

Genève – Paris: 1 h.

Paris – Los Angeles: 12 h.
Long vol, mais entièrement de jour ! On «suit» le soleil. Magnifique survol du Groenland, du Nord du Canada, et de leurs immenses glaciers mais sinon, beaucoup de nuages.
Au retour, alors qu’il faisait nuit dans la même région, une aurore boréale !

Los Angeles – Papeete: 8 h.
La nuit nous «rattrape», arrivée à 22 h. et nuit à l’hôtel.

Papeete – Rurutu – Tubuai – Raivavae: 4 h.
Arrivée en fin d’après-midi après deux escales dans des îles voisines, pas trop fatigués, étrangement. Accueil avec musique, danses, colliers de fleurs multicolores et, bien sûr, collation !

Ouf, nous y sommes !

35 h. de voyage dont 25 h. d’avion environ, et 12 h. de décalage horaire… !
C’est long bien sûr, mais une fois sur place, ces heures de voyage sont vite oubliées, tant le dépaysement s’avère passionnant.

Marie-Claire #1

Marie-Claire #1

Qu’avons-nous appris, vécu, compris ?

La production de A à Z du café, l’extraction du ti (racine qui fournit un jus très sucré), la culture du taro et du manioc (tubercules), les multiples ressources de la noix de coco, de la banane, la pêche au filet dans les «passes», la récolte des fruits de mer, le four tahitien, la confection des colliers de fleurs…

Je n’irais pas jusqu’à dire que ces tâches n’ont plus de secrets pour nous, mais grâce à l’Association locale pour l’écotourisme, nous avons un peu participé à ces différentes activités et sommes moins ignorants qu’à notre arrivée… plus conscients des efforts à fournir pour nourrir la famille. La nature est généreuse certes, le lagon poissonneux, mais chaque ressource exige du temps, de l’énergie, un savoir-faire particulier.

Comment vit-on sur cette petite île ?

Selon le Guide Lonely Planet 2012, «les quelques villages disséminés autour de l’île sont enveloppés d’une douce quiétude»… «sur cette île de rêve, le temps semble s’être arrêté»…

Marie-Claire #3

Marie-Claire #3

On ne peut qu’être d’accord avec la «douce quiétude» et «l’île de rêve» ; par contre, le temps ne s’est pas arrêté, bien au contraire !

Écoutons notre hôtesse, raconter les changements de ces dernières années:

«L’aéroport a été terminé en 2003 et alors, tout est arrivé en même temps: «l’avion trois fois par semaine, l’électricité, la TV, les téléphones portables. «Avant, on avait des lampes à pétrole…  pas de frigo… il n’y avait qu’un «seul vieux téléphone, à la  poste ! (jusqu’en 2003 !!!). Le bateau-cargo «continue à venir tous  les quinze jours, il apporte les matériaux de «construction, les futs d’essence, tout ce qui est trop lourd et volumineux pour «prendre  l’avion.

Donc, en moins de 10 ans, les habitants de Raivavae ont intégré dans leur vie: l’électricité, le portable, internet et l’ordinateur (pour certains). Les parents de notre hôtesse ont 75 ans, mais jusqu’à l’âge de 65 ans, ils ont vécu sans électricité ! Alors ils ont gardé certaines habitudes et continuent à se coucher quand il fait nuit et se lever avant l’aube, à 4-5 h. du matin…

Cependant, quelle prodigieuse évolution !
Est-elle positive, négative, ou les deux à la fois ? Vaste question…

Marie-Claire #2

Marie-Claire #2

Marie-Claire #10

Marie-Claire #10

On assiste ainsi à des contrastes étonnants: sur la magnifique plage de sable blanc d’un motu (petite île inhabitée en bordure du lagon), un Polynésien téléphone, les pieds dans l’eau, appuyé contre sa pirogue à balancier traditionnelle… sa pêche aux bénitiers terminée, il fait un brin de causette avec son cousin resté sur l’île !

Mais depuis 50 ans, d’autres changements sont apparus. Une femme, plus jeune que moi, explique:

«Quand j’étais petite, dans les années 1960, la vie était très différente, on «n’allait pas  souvent à l’école… Nos parents ne  savaient pas le français…

Je l’interromps: «Pas souvent à l’école, c’est-à-dire… ?»

«Oh ! à peu près une fois par mois !
«Les filles restaient avec les mamans et les garçons avec les  papas. On «apprenait tout comme ça, le jardin, le ménage, faire  le manioc, le taro, «toute la cuisine, la couture, etc. Il y avait  toujours quelque chose à faire, «aller chercher le bois pour le feu,  car on n’avait pas de cuisinière à gaz !
«Maintenant, on encourage nos enfants à faire des études,  ma fille a 15 ans «et va  encore à l’école, mon fils sera capitaine  sur un bateau.

Puis après un instant de réflexion:
«Mais c’était quand même mieux avant ! On restait sur l’île…»

Avant… une vie de labeur mais, comme ils le disent eux-mêmes, sans stress. La terre est fertile, sans parasites pour les cultures ni prédateurs pour les poules et poussins qui courent partout: pas de renards et le terme «oiseau de proie» semble inconnu. Les poules, n’ayant pas de propriétaire, sont à disposition de tout le monde !

Marie-Claire #4

Marie-Claire #4

Marie-Claire #9

Marie-Claire #9

Dans les terrains humides, les champs de taro et les autres légumes poussent sans arrosage. Une jardinerie-pépinière commune fournit gratuitement les plantons et de jeunes arbres fruitiers à qui vient les chercher. Le lagon et l’océan sont poissonneux…

Par chance, il reste toujours du temps et de l’énergie pour la musique, les chants, la danse, qui font partie de toute vie polynésienne qui se respecte et sont apparemment aussi indispensables que les autres activités !

Ce tableau idyllique ne doit pas cacher certains problèmes bien présents:

La santé

Trop nombreux sont les obèses, hommes, femmes et enfants. Phénomène probablement lié à une nourriture trop riche en féculents, trop abondante aussi… ou à un problème génétique ? En fait, personne ne sait. Bien conscient du problème de l’obésité, l’infirmier impose à chacun un passage sur la balance dans le couloir d’entrée  et ne se prive pas de sermonner ceux dont le surpoids est évident: «Tu dois maigrir ! Tu vas mourir !» racontent en rigolant les intéressés…

L’infirmier assume les soins simples et quotidiens, délivre les médicaments prescrits mais il faut aller à Papeete pour voir un médecin. Un dentiste vient de temps en temps. Cependant, à partir de 40 ans, rares sont ceux qui ont encore toutes leurs dents… En cas d’urgence médicale, il est possible de contacter l’armée française à Tahiti qui envoie un avion chercher le malade.

L’école

L’école primaire rassemble tous les enfants de l’île, grâce à un bus scolaire qui sillonne l’unique route côtière. Malheureusement, l’enseignement est lacunaire et dépend de la présence ou de l’absence de tel ou tel professeur. En ce moment, les enseignants de français et de maths ont été déplacés sur une autre île…

L’école primaire terminée, il faut aller sur l’île «voisine» de Tubuai, à une heure d’avion de Raivavae. Les enfants sont séparés de leur famille et ne peuvent rentrer à la maison gratuitement que deux fois par année, lors des grandes vacances, en juillet et à Noël/Nouvel An. Puis, pour ceux qui continuent leur scolarité, il n’y a pas d’autre solution que d’aller à Papeete.

C’est un déracinement important, la vie en ville «à l’occidentale» étant très différente du mode de vie insulaire. Beaucoup d’élèves supportent mal ce changement et, de plus, sont en échec scolaire par manque de bases suffisantes. Un enseignant, rencontré dans une des pensions de famille, s’est montré très préoccupé par la souffrance de ces jeunes qui ont peu de moyens d’expression pour partager leur mal-être.

Quelques points forts:

La religion

Le premier Européen accosta sur l’île en 1775. Depuis l’arrivée des missionnaires (au début du 19ème siècle), les habitants de Raivavae sont protestants et pratiquants. La prière avant le repas est une règle, souvent sous la forme d’un très beau chant accompagné par guitares et percussions. Les anciennes croyances ont été abandonnées, mais pas complètement: un certain respect subsiste vis-à-vis des «tikis», ces bustes en pierre de forme humaine dont les pouvoirs magiques inspirent encore la crainte. Les anciennes légendes ont été transmises et nous ont été racontées fidèlement comme étant des légendes, mais en ajoutant toutefois «mais c’est vrai, hein !» ce qui laisse planer quelque doute… Que croient-ils réellement ?

Nous sommes allés au culte du dimanche: durée entre 1 et 2 h. selon l’entrain des officiants… Entièrement parlé en langue locale, nous n’avons pas compris un mot, mais la véhémence des intervenants ne pouvait nous échapper ! Même nos pasteurs, quand ils sont très en forme, ne mettent jamais autant d’énergie pour haranguer la foule, car foule il y avait ! Par contre, nous nous sommes régalés de ces magnifiques cantiques chantés, à plusieurs voix, eux aussi pleins d’enthousiasme, et sans le soutien d’aucun instrument !

Pour l’occasion, les femmes mettent leur plus belle robe et surtout un grand chapeau, généralement blanc, fait de tissus, dentelles et fleurs. Un beau spectacle, que nous n’avons pas pu apprécier pendant le culte car les deux premiers rangs nous avaient été réservés, hélas ! Faute de comprendre quelque chose à la verve du pasteur, nous aurions bien aimé être assis à l’arrière pour observer les tenues de ces dames !

Les repas

Marie-Claire #6

Marie-Claire #6

Nous sommes chaque jour surpris par les tables qui nous attendent à midi (soit sur les motu soit chez des particuliers à proximité de l’activité du jour), avec des «collations»  qui sont, en fait, de véritables festins: plats traditionnels (taro, manioc, pain de coco, beignets de banane etc.) riz, pâtes, fruits de mer, plusieurs fois des langoustes, poissons grillés, poulet, fruits, salades et j’en oublie sans doute. Tout est mis sur la table et on se sert comme on veut, dans l’ordre ou le désordre, sans subir aucune pression, ce qui est bien agréable ! Une fois goûtés les plats traditionnels, on peut discrètement laisser de côté les archi-bourratifs (comme le taro et le manioc…) et se nourrir de fruits, salades et poissons. Naturellement, il y a toujours des restes, qui seront répartis entre nos accompagnants polynésiens. Leurs familles en profitent aussi et on nous a assuré qu’il n’y avait pas de pertes.

Les motu

Marie-Claire #7

Marie-Claire #7

Ce sont de petites îles inhabitées en bordure du récif corallien. Du côté du lagon, leurs plages de sable blanc évoquent les paradis tropicaux, tandis que la côte qui «regarde» l’océan est beaucoup plus sauvage, rocheuse et ventée. Les lames du Pacifique viennent se briser à grand fracas à quelques mètres de là et il n’est pas question de s’y baigner.

On peut généralement faire le tour des motu à pied, même si ce n’est pas toujours une marche facile. Ils sont couverts d’une végétation très dense et impénétrable, sauf les surfaces entretenues et défrichées.

Chaque motu appartient à une famille qui vient parfois y passer quelques jours de «vacances» ou faire la fête, dans une cabane rudimentaire. C’est leur résidence secondaire ! Ni privée ni publique, puisque chacun peut y aller mais il est poli et apprécié de demander la permission.

C’est aussi un lieu de travail pour les femmes, car les minuscules coquillages utilisés pour les colliers ne se récoltent que dans la terre des motu, enfouis sous la surface et mélangés à toutes sortes d’autres débris. Leur travail commence là, pendant que les hommes vont pêcher dans les «passes» (où les eaux de l’océan entrent et sortent du lagon avec les marées), ou entretiennent la végétation, brûlent les branches sèches, etc.

Nous avons été plusieurs fois invités sur un de ces motu, accueillis en musique devant une table déjà dressée, les poissons grillant sur le feu de bois. Avec la plage de sable blanc, cette eau si limpide, dans toutes les nuances de bleu et de turquoise, que rêver de mieux ?

Les habitants de Raivavae ont été charmants, leur mot d’ordre semble avoir été: «Faire plaisir à ces dix écotouristes venus de si loin pour nous connaître, nous et nos traditions».

Sans eux, sans l’Association pour l’écotourisme, nous n’aurions jamais pu vivre tous ces moments de chaleureuse convivialité. Ils n’ont pas ménagé leur temps pour nous accompagner, organiser les journées à thème, les fêtes, les sorties sur les motu, disponibles et désireux de communiquer. Eux aussi semblent avoir eu du plaisir avec nous !

Les quelques touristes rencontrés (des Français qui travaillent à Tahiti) restent trois-quatre jours à Raivavae, entre deux passages de l’avion: un ou deux jours pour le lagon, un jour pour faire le tour de l’île à vélo, et éventuellement un jour pour monter au Mt Hiro (437 m.). Bien sûr, ils sont effarés d’apprendre que nous restons quatre semaines et s’exclament, comme d’ailleurs la plupart de nos amis genevois: «Mais qu’est-ce que vous allez faire pendant un mois sur cette petite île ?»

Eh bien ! Pour rien au monde je n’aurais troqué ce séjour d’un mois contre dix sauts de puce de trois jours chacun dans dix îles différentes, fût-ce en Polynésie.

Notre premier voyage en Polynésie, avec les enfants, date de l’an 2000. Le Guide Lonely Planet 1999 parlait de cette île comme «l’une des plus belles du Pacifique». A cette époque-là, seul le bateau permettait d’y aller (deux fois par mois), mais Alain avait retenu l’information qu’un aéroport était en projet. Le rêve a duré 12 ans, mais s’est réalisé…

Marie-Claire #8

Marie-Claire #8

Une rengaine locale résume bien, à la fois les deux ressources importantes et cette «douce quiétude» mentionnée dans le guide:

«J’ai faim, je veux manger de la banane,
«J’ai soif, je veux boire du lait de coco,
«La vahiné elle est jolie, jolie Madame,
«La vahiné a besoin d’une caresse !

Marie-Claire
Décembre 2012

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